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Tim Burton s'envole avec Dumbo

News 29 Mar 2019, 19:38 Elsa Colombani

Live action à l'esthétique virtuose où un petit éléphant brimé transforme sa différence en atout et finit par triompher de la cruauté.

Qui de mieux que Tim Burton, l’outsider le plus plébiscité d’Hollywood, pour réinventer l’histoire la plus mélancolique jamais racontée par les studios Disney ? Celle de Jumbo, un petit éléphant né dans un cirque, au cruel surnom de Dumbo. Dans le dessin animé de 1941, l’éléphanteau connaît un bien triste sort. Moqué pour ses oreilles immenses, arraché de force à sa mère, Dumbo enchaîne les humiliations et devient le souffre-douleur du cirque ambulant, jusqu’à ce que son incroyable talent soit découvert. Cette histoire d’un marginal à la fois exclu et célébré est en fait celle de tous les héros du cinéaste ! Celle d’Edward, dont les mains d’argent créent d’incroyables sculptures ; celle aussi d’Ed Wood le mal aimé, sacré pire réalisateur de tous les temps ; celle enfin du génial mais bizarroïde Willy Wonka dans Charlie et la chocolaterie… Rien d’étonnant donc à ce que Burton ait été attiré par la proposition de Disney de réinventer le récit du malheureux petit éléphant, grimé en clown et ridiculisé avant de devenir populaire lorsqu’on découvre que ses grandes oreilles lui permettent de voler.

Grâce de l'imaginaire
Tim Burton a toujours été sensible aux douleurs de l’enfance : le solitaire Vincent dans son magnifique premier court-métrage, l’éternel enfant de Pee Wee Big Adventure, ou l’enfance maltraitée dans le sanglant Sweeney Todd. Les adolescents, eux, se cherchent des repères dans un monde qui les rejette, à l’image de l’héroïne d’Alice au pays des merveilles, de la jeune Lydia aux idées noires dans Beetlejuice, ou encore de Jake qui se découvre des pouvoirs surnaturels dans Miss Peregrine et les enfants particuliers. Au fil de leurs aventures, nombre d’entre eux sont secourus par une famille de coeur. C’est le cas de Dumbo qui, dans le film de Burton, trouve du réconfort auprès des enfants de Holt Farrier (Colin Farrell), un employé du cirque, veuf et fraîchement revenu de la guerre où il a perdu un bras. À travers cette famille en deuil, Tim Burton crée un effet miroir avec l’éléphant en souffrance. Les âmes en peine se rassemblent et vont se battre pour assurer leur avenir. Ce bonheur s’obtient, comme toujours chez Burton, par la grâce du merveilleux et de l’imaginaire. Ici, le réalisateur déploie comme jamais l’univers du cirque, déjà présent dans Batman, le défi et Big Fish. Avec une inventivité enchanteresse, Burton jongle avec les couleurs - les rouges déclinés à l’infini, le bleu vif – et préserve ce qui a toujours constitué le coeur de ses films, à savoir un savant mélange entre gaîté et noirceur. D’ailleurs, au milieu de ce festival coloré, les rayures et spirales noires caractéristiques de Burton font irruption pour souligner l’entrée d’un sombre personnage, V.A. Vandevere, qui signe les retrouvailles tant attendues du réalisateur avec Michael Keaton, l’un de ses acteurs fétiches. L’entrepreneur, qui veut faire de Dumbo une star, a tout du producteur de cinéma : l’ambition féroce et un goût immodéré de l’argent. Face à ce Goliath se tient le petit Dumbo avec ses grandes oreilles et son talent sans pareil, avatar s’il en est de Tim Burton, lui qui offre à cette nouvelle production Disney sa singularité remarquable, pour lui donner des ailes.

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